Hauts et bas pakistanais

May 2, 2019

23.11.2018 au 05.12.2018

 

Lahore.

Après notre escorte dans le Baloutchistan, nous nous accordons quelques jours de repos à Lahore. Nos corps ont souffert, c’est le moins que l’on puisse dire. A tour de rôle, nous tombons malades. Une fois remis d’aplomb, notre petit groupe formé lors de l’escorte se disperse. Nous nous retrouvons à deux pour quelques heures avant que Thomas (rencontré au commissariat à Quetta) nous rejoigne. Alors que nous nous apprêtons à diner, un couple nous invite à leur table. Nous faisons connaissance. Ils nous proposent de venir nous chercher plus tard dans la soirée pour nous faire visiter la ville. Nous acceptons et passons la soirée à découvrir Lahore puis à nous régaler de ses spécialités culinaires. Nous mangeons dans la bien nommée « Food street », en terrasse, avec vue sur la mosquée Badshahi. Premier réel contact avec le Pakistan et ses gens, première affection pour ce pays.

 

Lahore au soleil couchant.

 

 

Route éreintante. 

Nous roulons en directions d’Islamabad, séparés de force de Thomas (nous n’avons pas le droit d’emprunter les « motorway » à moto). Sur une route bondée en mauvais état, il ne s’agit pas d’une partie de plaisir. Encore moins lorsque des crampes d’estomac et la fièvre s’en prennent à Amaia. Hésitant à nous arrêter pour ne pas prendre de risques, nous décidons de continuer. Au mental, Amaia tient jusqu’à Rawalpindi, ville à la frontière d’Islamabad. Il ne nous reste plus qu’à trouver un hôtel. Plus facile à dire qu’à faire. Le premier n’accepte soit disant pas d’étrangers pour des raisons de sécurité obscures et infondées, le suivant est miteux et à un prix prohibitif. Amaia étant au plus bas, l’énervement est à son comble. Impossible de comprendre la logique derrière ces agissements. Heureusement le troisième est le bon, nous pouvons nous installer, nous doucher et nous reposer, enfin.

 

 

Arrêt logistique et départ pour le nord.

Notre premier séjour à proximité de la capitale pakistanaise aura principalement été logistique. Nous effectuons la demande pour nos visas indiens, son obtention devrait prendre environ une semaine. Dans l’intervalle nous comptons nous rendre dans le nord du pays pour aller tutoyer les montagnes himalayennes. Nous préparons donc également nos motos et notre itinéraire. Munis uniquement de nos copies de passeports (les originaux étant à l’ambassade indienne), nous quittons Rawalpindi en direction du nord, véritable incontournable du pays d’après les dires des voyageurs qui nous ont précédés. Tout comme en quittant Lahore nous sommes bloqués à l’entrée d’une route interdite aux motos. Le policier nous arrêtant est cette fois beaucoup plus compréhensif et nous évite un détour conséquent. Il nous donne également de nombreux conseils ainsi que son numéro de téléphone en cas de questions. Jusqu’à la fin de notre séjour nous serons en contact avec lui et il nous sera d’une grande aide.

 

 

Les choses se compliquent.

Arrivés à la ville de Mansehra nous sommes à nouveau éreintés par le trafic. Nous trouvons cependant un excellent hôtel où nous pouvons passer la nuit. Nous recevons un message de Dennis, notre ami voyageur, qui nous annonce qu’il n’a pas réussi un passer un « checkpoint » plus au nord, de mauvaise augure pour la suite. Un échange de messages avec le policier rencontré dans la journée nous rassure, nous verrons bien. Le soir, après manger, nous discutons avec le propriétaire de l’hôtel qui nous pose diverses questions étranges. Toujours ce sentiment d’être soupçonné de quelque chose. La discussion s’envenime un peu avant de s’apaiser. Nous parvenons finalement à discuter sereinement et sympathisons même. La situation n’en demeure pas moins étrange. 

 

 

La goutte de trop.

Le lendemain, vers 9h, nous reprenons la route. Après quelques kilomètres nous prenons du plaisir. Peu de monde, des courbes, des arbres : un bol d’air frais. Nous décidons de faire une pause. A peine le temps d’entamer notre grignotage de pistaches qu’une voiture de police s’arrête à notre niveau. On nous pose des questions indiscrètes. Tentant de comprendre la raison de ces dernières la réponse est toujours la même : « no problem », ça en devient pathétique. Nous repartons et atteignons un tronçon en travaux. Parenthèse : la Chine investit drastiquement au Pakistan pour réaliser une route - des plus stratégiques -  les reliant directement à la mer d’Arabie. Le contraste de ce chantier gargantuesque avec les villageois creusant des tranchées à la pioche pour tenter d’amener l’eau courante dans leur village nous frappe de plein fouet. Fin de parenthèse. C’est donc sur ce tronçon que le vase déborde. La goutte responsable ? Une voiture touche Bonnie la faisant tomber, et Amaia avec. Ce sont des choses qui arrivent. Alors que nous lui demandons de sortir pour aider, le conducteur ne bronche pas, semblant tétanisé. A côté de lui, un vieux monsieur tenant un enfant dans les bras. Nous relevons la moto sans son aide mais Amaia craque. Un simple événement suffit parfois à faire réaliser un état plus général, celui de notre monde, de nos relations humaines. C’est à ce moment que nous décidons de faire demi-tour. Nous ne sommes pas surs d'atteindre notre but et les innombrables contrôles policiers et leur incohérence nous empêchent de prendre du plaisir. Nous atteignons tout de même Bisham pour passer la nuit mais savons que nous reprendrons la route en sens inverse le lendemain. A peine entrés dans la ville, une voiture de police nous fait signe de nous arrêter sur le bas-côté. Avec peu de coopération nous répondons à leurs questions agressives. Ils nous demandent de les suivre, n’ayant aucune raison nous refusons. Une jolie ribambelle d’enfants s’attroupe autour de nous, leurs sourires contrastent avec la bêtise des policiers. Le dialogue de sourd se termine : « no problem ». Les tours montent, on leur fait comprendre que leur comportement est du grand n’importe quoi, qu’à force de ne rien savoir on imagine des choses. Nous passons finalement la nuit dans un hôtel - au personnel d'une gentillesse incroyable - avec un toutou de la police (gracieusement nourri et logé gratuitement par l'hôtel) dans la chambre d'à côté.

 

 

Retour à la case départ.

Dès le petit matin notre toutou est opérationnel. Il a le toupet de nous demander si nous partons bientôt. Nous lui répondons que ça ne le regarde pas et que, de toute façon, nous comptons faire demi-tour. Nous parcourons donc la même route que la veille en expédiant les multiples  « checkpoints » au plus vite. Nous nous arrêtons prendre quelques photos, désirant profiter tout de même. Lors de ces arrêts nous croisons des personnes extrêmement gentilles et souriantes qui nous mettent du baume au coeur mais nous rendent tristes. Nous avons l'impression de passer à côté de quelque chose, de ne pas profiter de l'essence de ce pays : ses gens. Nous retournons à Mansehra, dans le même hôtel, dans la même chambre. Et décidons d’y rester pour quelques jours. Nous en profitons pour faire une virée d’une journée dans les environs. L’occasion de voir de jolis paysages enneigés. Nous rencontrons également des motards pakistanais incroyables qui confirment tout le bien que l’on pense de ce peuple.

 

 

Traité de théologie.

Lorsqu’il est temps de retourner à Islamabad, nous empruntons une route différente qu’à l’aller, et beaucoup plus attrayante. La météo étant au beau fixe nous enchainons quelques jolies courbes. De retour à la capitale, nous trouvons un logement simple mais confortable. Nous rencontrons notre hôte qui nous invite à boire le thé. Sympathique. Le lendemain, n’ayant pas de nouvelles de l’ambassade indienne concernant notre visa, nous décidons de les appeler puis de nous y rendre. Nous bravons différentes étapes farfelues et parvenons à obtenir nos passeports tamponnés comme il se doit. Le soir nous sommes invités par notre hôte et son fils pour le dîner. En fin de repas le discours se transforme en leçon de théologie à laquelle nous sommes que très peu réceptifs. La discussion reste néanmoins intéressante mais le prosélytisme pratiqué n’en reste pas moins effrayant et complètement à côté de la plaque. 

 

 

Triste départ.

Nous reprenons la route, contournons Lahore et franchissons la frontière indienne. Notre passage au Pakistan aura été une expérience riche. Nous avons adoré ce peuple d’une humilité et d’un respect magnifique. En revanche, nos démêlés avec la police auront été pesants. Les élections récentes (deux semaines avant notre séjour) n’ont pas arrangé les choses. C’est néanmoins avec regret que nous avons dû quitter le pays, nous ne nous sentions plus autant que libres que nous aimons l’être, raison pour laquelle nous avons décidé, une fois nos visas en poche, de filer en Inde. Mais ce n’est que partie remise, Pakistan, nous reviendrons. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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