Voir le Pamir ... et vivre pour le revoir

September 16, 2018

28.07.2018 au 15.08.2018 

 

Bienvenue au Pamir !

La région du Pamir est dans nos têtes depuis notre départ. Située au Tadjikistan, nous l’avons notamment découverte grâce au collectif Solidream et leur film « Les œuvres du Pamir » (ça ne vous dit rien ? Courrez découvrir leurs projets sur leur site). Le « no man’s land » d’une vingtaine de kilomètres qui nous sépare du Tadjikistan justifie la route en mauvais état. Quelques flocons de neige, la boue et les marmottes – dont la présence sur le bas côté deviendra une habitude – accompagnent notre ascension jusqu’au col symbolisant l'entrée dans le pays. Les formalités effectuées, nous nous laissons tomber sur le versant tadjik. Les quelques heures passées à la frontière auront permis au ciel de se dégager et au soleil d’illuminer nos premiers paysages pamiris. Et quelle claque ! Le tableau se présentant devant nous – illuminé par un soleil rasant - est incroyable : des montagnes multicolores aux sommets enneigés dominant une vallée parcourue par un cours d’eau venant chatouiller le fond de celle-ci. On nous aurait menti, le Tadjikistan se situerait-il sur une autre planète ? C’est notre sensation en voyant ce décor. Bienvenue au Pamir !

 

 

Fraicheur nocturne.

Notre première nuit est jouissive ... et très fraiche. Au bord du lac Karakul, à plus de 4 000 mètres, nous nous satisfaisons d’avoir choisi un équipement résistant au froid. Nous bénéficions même de ce dernier en récoltant de la neige sur les quelques névés afin de cuisiner. En revanche, la batterie de Bonnie n’aime toujours pas les températures avoisinant le zéro. Nouvelle petite session d'exercices (comme au pied du pic Lénine) afin de démarrer la moto que nous avions pris soin de garer en pente. Autant dire qu’effectuer un sprint à cette altitude, ça pique les poumons !

 

 

Objectif lune.

La Pamir « highway » (ou M41) parcourant la région éponyme est considérée comme l'une des plus belles routes du monde. Il nous tardait donc de voir ce qu’il en était de nos propres yeux. Les premiers kilomètres contournent le lac Karakul qui passe du turquoise à l’indigo en fonction de l’heure de la journée. S’il fallait inventer de nouvelles couleurs, c’est surement ici qu’il faudrait chercher. La végétation verte parsemée de sel blanc, les montagnes oscillant de l’orange au violet, la neige à leurs sommets, tout y est. Quelques kilomètres plus loin, tout change, la perception de nos sens recommence à zéro. Des monts argentés luisant au soleil. Si la démarche pataude de yacks n’était pas venue nous remettre les pieds sur Terre, nous nous serions cru sur la Lune. En atteignant le col Ak-Baital (4 655 mètres) – point culminant carrossable – nous n’avons cependant jamais été si proches de notre satellite naturel.

 

 

Hasard et miroir.

Le hasard fait bien les choses, le dicton est bien connu. Il ne nous a jamais semblé plus vrai qu’en voyage. Les choses furent très bien faites pour nous à Alichur, petit village le long de la M41. Premièrement, alors que nous comptions uniquement prendre de l’essence, nous avons rencontré Moby Dick, une baleine blanche trainant sa carcasse en plein Pamir. En réalité, deux voyageurs catalans voyageant dans une camionnette blanche avec qui nous étions en contact via les réseaux sociaux et que nous n’avions pas encore réussi à croiser. Deuxièmement, flânant dans le village, nous avons pu assister à un cours de sensibilisation à la vie sauvage donné à des enfants tadjiks, kirghizes, russes et afghans. L’occasion de voir ces bouts de chou de tout âge développer leur imagination tout en apprenant que le léopard des neiges est un animal qui vit dans la région mais qui est malheureusement en voie de disparition. Entre deux – et en passant par le fascinant village abandonné d’Ak-Jar - nous nous sommes rendus à Bulunkul, un miroir plus qu’un lac étant donné le reflet des paysages alentours pouvant y être observé.

 

 

En haut, à gauche : avec Moby Dick, à droite : sensibilisation à la vie sauvage.

En bas, à gauche : village abandonné d'Ak-Jar, à droite : Bulunkul.

 

La fameuse Wakhan.

La vallée de Wakhan, grande interrogation de notre séjour au Pamir. Quelle est l’état réel des routes ? Est-ce raisonnable de nous y rendre avec nos motos et notre expérience ? La meilleure manière de connaitre les réponses à ces questions, n’est-ce pas de s’y rendre ? La Pamir « highway » tout juste derrière nous, la route se transforme en chemin de cailloux, de sable et de tôle ondulée (des rides transversales régulières donnant l’impression que notre cadre va se disloquer entre nos jambes). Suite à un contrôle militaire (courant dans la région), nous rejoignons le Piandj, rivière qui parcoure l’ensemble de la vallée. De l’autre côté, l’Afghanistan et son décor majestueux. Au détour d’un virage se dessinent au loin des pics enneigés, au premier plan des montagnes déchiquetées. Il ne nous en faut pas plus pour décider de planter notre tente. Avant de fermer celle-ci, nous observons une dernière fois le spectacle offert par la voie lactée nous surplombant. A cet instant, nous ne changerions notre place pour rien au monde.

 

 

29.07.2018.

Le 29 juillet eu lieu un attentat au Tadjikistan. Sans entrer dans les détails morbides, des cyclistes ont été percutés par un véhicule. Quatre sont morts, trois s’en sont sortis. La nouvelle ne nous a évidemment pas laissé indifférents. Nous aurions pu côtoyer ces gens, voyageurs comme nous, nous empruntons les mêmes routes qu’eux. La lâcheté de s’en prendre à des cyclistes, exemple de bravoure dans ces régions si difficile à parcourir, ne peut qu’attiser notre colère. Lorsque nous l’avons appris, nous étions en plein milieu de la vallée de Wakhan. Dû à notre isolement, nous n’avions que très peu d’informations. Un mal pour un bien, peut-être, afin de ne pas succomber à la psychose qu’aime tant instaurer les médias actuels. Quelques heures plus tôt, nous passions la nuit la plus paisible de notre séjour tadjik (celle sous les étoiles). Ne remettant nullement en cause notre façon de voyager, un frisson nous a tout de même parcouru l’échine lors de notre passage à côté de la stèle, bien dérisoire, érigée en la mémoire des victimes.

 

 

Coup de barre.

La Wakhan ne nous a pas suffi. Il a fallu que nous nous lancions dans la Shokh Dara. Adjacente à la M41, cette vallée est réputée pour ses jolis coups d’œil sur les pics Engel et Karl Marx. Pour nous elle aura été synonyme de sensations fortes. En tentant un nouveau réglage sur l’amortisseur de Klyde - certainement affaibli par le choc au Kazakhstan -  un écrou pré-chargeant le ressort de la suspension se fissure. Pas des plus rassurants sachant les kilomètres de piste cahoteuse qui nous attendent. Comme à chaque avarie du genre, nous effectuons une réparation provisoire sur place (dans ce cas consistant à appliquer une espèce de super glue métallique) avant de pouvoir faire les choses dans les règles de l’art. La route faisant suite à cet événement aura au moins le mérite de mettre à l’épreuve notre bricolage. Ascension très technique d’un col, passage de ponts en piteux état, traversée d'une rivière, nous qui pensions avoir fait le plus difficile après la vallée de Wakhan, nous sommes servis. A quelques kilomètres de rejoindre la route asphaltée, le souffle court, nous sommes exténués. Plusieurs chutes lors de la descente vers celle-ci mettent nos corps à rude épreuve. La raideur de certains tronçons coïncide avec celle de nos muscles tentant de maintenir le guidon de nos montures afin de braver les pierres leur faisant face. Certainement l’effort de trop pour Marvin. La faim et la chaleur accentue la sensation de fatigue. L’altitude n’aidant pas, des fourmillements généralisés et la tête qui tourne sont les symptômes indiquant qu’il est temps de faire une pause afin de reprendre des forces. Cette épreuve sans conséquence aura eu le mérite de nous rappeler le respect que nous devons à cette nature qui nous entoure et qu'on aurait tort de sous-estimer. 

 

 

Réparation.

A notre habitude, nous cherchons une solution locale à nos problèmes. A Khorog, le voisin de notre « homestay » est garagiste voiture et, pendant trois jours, il fera sa priorité d’usiner un nouvel écrou pour Klyde. Après diverses tentatives infructueuses et avoir parcouru l’ensemble des ateliers mécaniques de la ville et au-delà, il y parvient. Quelques bières - avec Laure et Fabien rencontrés au Kirghizistan et logeant dans la « guesthouse » juste à côté - s’imposent. L’occasion de faire également de nouvelles rencontres.

 

 

Le jour le plus long.

En penchant son nez sur une carte, la route entre Khorog et Qal’ai Khumb semble des plus attrayantes. Longeant la rivière Piandj - et par la même occasion l’Afghanistan - elle est dotée de jolies courbes prometteuses. Il n’en est rien. Si le premier tronçon n’est pas dénué d’intérêt, les derniers kilomètres ont été un cauchemar. Ne pouvant camper où nous le souhaitions à cause d’une omniprésence militaire, nous avons dû enfreindre notre première règle : ne pas rouler la nuit. L’inefficacité des phares de nos motos ajoutée à la poussière soulevée par les camions transitant depuis la Chine auraient rendu l’acquisition d’une canne blanche des plus utiles. Nous réalisons les 35 derniers kilomètres de ce long trajet, à vitesse d’escargot, au mental. 

 

 

Tunnel de la Mort.

Les grandes villes ne sont pas notre tasse de thé, Dushanbe ne fera pas exception. A peine le temps de prendre de l’essence et retirer de l’argent que nous avons traversé la capitale tadjike. Les montagnes Fann - dernière étape avant l’Ouzbékistan - nous sont d’un plus grand intérêt. Avant celles-ci, la rivière Varzob et son turquoise puis Anzob, le fameux Tunnel de la Mort. A l’entrée, le fracas des camions s’engouffrant dans la galerie annonce la couleur. Une dernière inspiration d’air frais, nous imbibons nos tours de cou d’eau et nous lançons. Cinq kilomètres de gaz d’échappement et de faible luminosité plus tard, on se dit que ce n’était pas si atroce que ça. Ni nids-de-poule, ni flaques d’eau invisibles ne seront venus entraver notre chemin.

 

 

A gauche : lavage automatique.

A droite : à la sortie du Tunnel de la Mort.

 

Iskanderkul et histoire triste.

Pour finir, une jolie mais triste histoire. Alors que nous nous apprêtions à passer notre dernière nuit à Iskanderkul - lac de montagne atteignable par une splendide vallée orangée – une voiture s’arrête à proximité de notre emplacement. En descend un homme qui nous aborde timidement. Il nous narre l’histoire de sa peluche qu’il a perdue après l’avoir posée sur une moto quelques jours auparavant. Il nous explique qu’il a passé ce laps de temps à rechercher ce compagnon chargé de souvenirs. Se pourrait-il que nous soyons les propriétaires de la moto en question ? La réponse étant l’affirmative, l’histoire serait belle si nous avions gardé cette peluche avec nous et pouvions voir son visage s’éclairer en la lui rendant. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, déposé sur Bonnie, Amaia avait décidé d’embarquer ce nouveau passager avec nous en le harnachant à sa moto. Malheureusement, quelques nids-de-poule et autres ornières en décidèrent autrement et il s’est fait la malle en cours de route. C’est donc avec regret que nous avons dû lui annoncer que, même si nous l’avons bien eu entre les mains, nous ne pouvons pas lui rendre son acolyte. Le hasard fait bien les choses, le dicton est bien connu. Il ne nous a jamais semblé plus vrai qu’en voyage. Cette fois, les choses n’ont pas été bien faites jusqu’au bout.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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