Grandiose Anatolie

July 11, 2018

06.06.2018 au 16.06.2018

 

Une décision importante.

Il est toujours difficile de faire la part des choses entre certaines informations concernant la sécurité d'un pays ou d'une région et ce qu’il en est réellement. Nous avons dû faire face à ce dilemme concernant le Kurdistan turc. En effet, entre la proximité de la frontière syrienne et le conflit entre le PKK (parti des travailleurs du Kurdistan) et le gouvernement, se rendre dans ce secteur est délicat. Dans ce genre de situation, nous essayons de prendre nos décisions le plus objectivement possible. Pour cela, nous informer auprès des locaux et suivre notre instinct sont nos meilleurs atouts. C’est sur cette base que nous nous sommes rendus dans le sud-est de la Turquie. Des canyons verdoyants, des falaises semi-désertiques et des massifs aux teintes rouge et verte, tels sont les paysages nous menant au mont Nemrut. Ce dernier, culminant à plus de 2'000 mètres et dominant la vallée de l’Euphrate, est réputé pour ses couchers de soleil. Nous effectuons donc l’abrupte ascension durant la fin d’après-midi d’une journée caniculaire. Propulsés par nos moteurs, nous avons une (très) chaude pensée pour les personnes, à pied ou à vélo, que nous dépassons. Une fois arrivés au pied de l’immense tumulus situé au sommet, la récompense est la même pour tout le monde : un arc-en-ciel de couleurs saisissant.

 

A gauche : derniers mètres avant le sommet du mont Nemrut.

A droite : coucher de soleil sur la vallée de l'Euphrate.

 

Un bruit suspect.

Notre arrivée dans la ville de Mardin, située à proximité de la frontière syrienne, fut mouvementée. Et non pas en raison des contrôles militaires que nous imaginions et qui n’ont finalement pas eu lieu. Le premier défi fut d’affronter le labyrinthe de ruelles et d’escaliers - inconnus de nos GPS - afin de trouver notre logement. Pour compléter le tableau, ajoutons un soleil de plomb nous faisant souffrir autant que nos montures et un bruit suspect au niveau de la pompe à essence de Klyde. Une fois installés, nos occupations furent multiples. Dans un premier temps, diagnostiquer l’origine de ce fâcheux bruit provenant de Klyde. Après avoir fait notre maximum par nous-même, nous nous rendons dans un garage pour trouver des pièces. C’est ainsi que nous faisons connaissance de Murat et Tolga, amis pour la vie grâce à leur passion commune pour la moto. Le plus bel exemple de l’amitié kurdo-turque. Et pour nous, la plus belle des rencontres. Au-delà de leur aide concernant nos véhicules, ils nous ont rassurés quant à la sécurité de la région et nous ont permis de la visiter au plus près.

 

A gauche : à moto dans les ruelles de Mardin.

A droite : le garage de Murat et Tolga.

 

Mardin la belle.

A Mardin, nous avons également fait la connaissance de Sirkhane, une école de cirque social pour enfants réfugiés, avec qui nous avons passé un après-midi à repeindre une école. Expérience trop brève mais tout de même enrichissante. Finalement, nous avons pris le temps de découvrir la ville et sa région. Et quelle claque ! Avec ses innombrables minarets émergeant d’une cascade de maisons de pierres, cette ville, dominée par un château offrant un point de vue imprenable sur la plaine mésopotamienne, est une merveille. On comprend pourquoi des turcs de tout le pays viennent passer leurs vacances ici. De plus, et malgré les tensions existantes dans la région, Mardin offre un métissage culturel où cohabitent différentes religions tels que l’islam, le christianisme, le judaïsme ou encore le yezidisme. Pour l’anecdote, il s'agit de la seule ville de Turquie dirigée par une maire de confession chrétienne.

 

 

Montée des eaux.

Nous sommes restés quatre jours à Mardin. N’ayant pas trouvé les pièces nécessaires pour Klyde, nous avons fait le pari de reprendre la route en croisant les doigts pour atteindre Tbilissi, en Géorgie, sans encombre. Des moments exaltants à découvrir les merveilles architecturales de la ville à d’autres plus glaçants lorsque, par exemple, nous avons aperçu le mur formant la frontière avec la Syrie, nous garderons un souvenir impérissable de ce lieu pas comme les autres. Le soir précédent notre départ, nous errons dans les rues inhabituellement calmes. La raison est simple, le soleil s’apprête à se coucher et, avec lui, une nouvelle journée de Ramadan touche à sa fin. L'animation diurne de la ville laisse place au cliquetis des couverts des personnes faisant le jeûne. En repartant vers le nord, nous passons par Hasankeyf, tant qu’il en est encore temps. La construction du barrage d’Ilisu sur le Tigre menace cette ville et son patrimoine de disparaitre sous les eaux. Nous passons d’ailleurs la nuit au bord du cours d’eau entourés d’une véritable basse-cour. Etre réveillés par un cheval mettant, littéralement, des coups de tête à notre tente, des vaches menaçant de la piétiner ou des grenouilles chantant à tue-tête, c’est aussi ça le camping.

 

Hasankeyf.

 

 

Dialogue.

Depuis notre départ, l’une des questions qui nous est, logiquement, le plus souvent posée suscite la plus grande des confusions. « D’où venez-vous ? » Hormis le fait d’être une espagnole du pays basque et un franco-suisse, la simple réponse « de Suisse » est souvent la source de conversations les plus cocasses.

- Vous parlez allemand ?

- Non, français, nous venons de la Suisse romande.

- Ah la Suisse, comme le footballeur Ibrahimovic !

- Non, ça c'est la Suède. La Suisse est frontalière avec la France.

- Donc vous êtes français ?

- Non, Suisses, l'équipe qui a joué contre le Brésil à la coupe du monde.

- ...

- Ce n'est pas grave, bonne journée, au revoir.

- Auf wiedersehen.

 

 

 

 

Des paysages insoupçonnés.

A ne pas confondre avec le mont du même nom, le cratère Nemrut est un havre de paix. C’est dans ce lieux idyllique que nous avons fait la rencontre de Jürgen (son site) et d’Andor (sa page), tous deux voyageurs à moto (avec une bien nommée ... Bonnie pour Jürgen), avec qui nous avons roulé jusqu’à la frontière géorgienne. C'est notamment grâce à eux que nous avons pu ponter la batterie de Bonnie (celle d'Amaia) qui s'est retrouvée à plat après notre nuit dans le cratère. Ensemble nous avons également découvert le splendide palais Ishak Pasha dominant la ville de Doğubeyazıt et sa région volcanique. En parlant de volcan, c'est dans ce coin que trône le mont Ararat, plus haut sommet de Turquie (5'137 ou 5'165 mètres selon les sources), confirmant l'analogie avec l'Islande qui trottait dans notre tête en parcourant ces paysages hors du commun. En revanche, le soit disant cratère de météorite Curuku est une illustre blague. Si ce n’est pour les sensations fortes offertes par le franchissement du « checkpoint » (en raison de la frontière iranienne située à moins d’un kilomètre) où les militaires se sont mis à courir, arme à la main, dans notre direction, ce site n'a aucun interêt. 

 

Village au pied du mont Ararat. 

 

 

Nos derniers jours turcs.

En continuant notre route, nous essuyons une féroce averse de pluie et de grêle. S'ensuit un vent violent qui a le mérite de sécher nos équipements détrempés. Une fois secs, nous tentons de venir en aide à des locaux à mobylette victimes d'une crevaison. En fin de journée, alors que nous cherchons un endroit où poser notre tente, une chute sur un chemin en gravier a raison du sélecteur de vitesse de Klyde. Et nous permet de faire travailler notre imagination - toujours avec l'aide de nos acolytes Jürgen et Andor - afin de trouver une solution digne de MacGyver. Le lendemain, nous visitons le site d'Ani, une ville en ruine qui fut la capitale de l’Arménie aux alentours de l’an mille. Dans une ambiance bucolique, nous errons au milieu des coquelicots durant ce que nous savons déjà être nos dernières heures turques. Le soir, nous dormons au bord du lac de Çıldır surpeuplé en raison des jours de fête suivant l'Aïd el-Fitr (fin du Ramadan). Pour notre plus grand plaisir, nous profitons une dernière fois d'un coucher de soleil saisissant et de la convivialité des gens qui n'a eu cesse de nous émerveiller tout au long de notre périple dans ce magnifique pays qu'est la Turquie.

 

En haut, à gauche : coup de main à des locaux, au milieu : sélecteur de vitesse bricolé, à droite : frontière turco-arménienne.

En bas, à gauche et au milieu : cathédrale d'Ani, à droite : dernière nuit en Turquie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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