Escorte au Baloutchistan (Pakistan)


16.11.2018 au 22.11.2018


En entrant au Pakistan nous savions que nous devrions être escortés afin de traverser la région du Baloutchistan. En revanche, ce que nous ne savions pas est la façon dont cette escorte allait se dérouler. A l’instar de notre traversée de la mer Caspienne, nous racontons ici notre expérience, qui nous est, par définition, propre.

Jour 0. Une fois la frontière iranienne franchie, nous enchainons une série de procédures habituelles. Nous présentons nos passeports et Carnets de Passage en Douane (CPD) dans une première cahute, remplissons un formulaire de renseignements et sommes pris en photo. Alors que la personne nous accompagnant - au demeurant très serviable - nous fait passer devant toute la file d’attente, nos passeports sont ensuite tamponnés. Dans un troisième lieu, ce sont cette fois des militaires (plus couramment dénommés Levies) qui nous prennent en photo et renseignent nos informations principales. Nous sommes ensuite accompagnés jusque dans une petite cour derrière un bâtiment qui s’avère être le commissariat. Dans celle-ci, de nombreuses personnes assises au sol. Nous comprendrons plus tard qu’il s’agit de prisonniers. Un homme, un peu étrange mais très gentil (et certainement amoureux d’Amaia), nous amène dans une pièce équipée d’un matelas et quelques coussins. Il nous explique que ce sera notre chambre pour la nuit. Ça fera l’affaire. Une fois « installés » nous nous rendons dans un bureau où nos CPD sont tamponnés. En patientant, nous sirotons un thé au lait gracieusement offert. De retour dans notre chambre, deux personnes viennent nous poser des questions étranges : quelle est notre relation. Où allons-nous. Quels réseaux sociaux utilisons-nous. Nous suspectons qu’il s’agisse des services secrets. Nous nous offrons un repas frugal avant de dormir. Le lendemain commence l’escorte à proprement parler.

Commissariat des Levies.


Jour 1. Réveil à 7 heures. Petit déjeuner par nos propres soins et départ. Nous faisons rapidement le plein en prévision de la longue journée qui nous attend. L’escorte consiste à suivre un véhicule de Levies (changeant régulièrement), imposant son rythme et sa vitesse (pouvant aller de l’escargot apathique au lièvre sous amphétamines). Nous prenons conscience que la conduite est passée à gauche et croisons nos premiers bus bariolés. Paysages désertiques grisâtres et insipides. Nous nous arrêtons une première puis une deuxième fois afin de montrer, respectivement, nos passeports et changer d’escorte. Premiers checkpoints d’une série sans fin (voir photo ci-dessous). Un tronçon à une allure un peu folle plus tard, nous arrivons dans le village de Nor Kundi. Au programme : vérification de nos passeports, thé et attente de l’escorte suivante. La faim et la fatigue commencent à se faire sentir. Tout est monotone, les paysages, la vitesse, la route. Heureusement un arrêt afin d’attendre les Levies suivants nous permet de puiser dans nos provisions pour grignoter de quoi tenir jusqu’à la fin de journée. Après une longue attente, nous poursuivons (en suivant le chef des Levies déjà antipathique) jusqu’à la ville de Dalbandin, destination de la journée. Grâce à certains sites internet de voyageurs nous savions que la seule option d’hébergement qui allait nous être proposé est un hôtel miteux et insalubre. Notre stratégie est donc déjà en place : refuser de payer pour un tel logement sans en démordre puis argumenter que nous sommes entièrement autonomes et pouvons dormir dans notre tente ou, en dernier recours, passer la nuit au commissariat. Après d’inénarrables discussions avec le chef des Levies (toujours aussi antipathique) et le gérant de l’hôtel, nous finissons par obtenir la chambre gratuitement. Ce qui ne la rend pas plus propre. De plus, nous apprenons que notre départ n’est pas prévu pour le lendemain mais le jour suivant. Soit disant afin d’attendre d’autres voyageurs pour former un groupe plus important.

Jours 2 et 3. Dalbandin n’est pas la destination touristique du moment, c'est certain. D’autant plus lorsqu’il nous est interdit de quitter l’hôtel sans être accompagnés de Levies armés jusqu’aux dents. Le jour suivant, pas de voyageurs à l’horizon (afin de renforcer le peu de sympathie que nous avions pour le chef des Levies, on vous a déjà dit qu'on le trouvait antipathique ?). Nous partons tout de même, fort heureusement. La journée n’est qu’un enchainement de checkpoints et de changements d’escortes (nous suivons parfois des motos, ce qui met un peu de piment dans une journée si rasante). A proximité de la ville de Quetta, nous rencontrons un Levie se souciant plus de nous que les autres. Il nous demande où nous désirons dormir, nous répondons le commissariat, ce qui lui convient. Nous entrons dans la ville en suivant un char blindé, puis quatre motos nous entourent, des scènes dignes d'un blockbuster hollywoodien. Une fois dans l’enceinte du commissariat nous apercevons deux motos qui nous sont familières. Ce sont celles de Jürgen (avec qui nous avons voyagé plusieurs jours entre la Turquie et la Géorgie, puis recroisé en Iran) et Dennis (rencontré à Bam en Iran). Cette vision remonte immédiatement notre moral et nous fait oublier la fatigue de la journée. Nous installons notre tente sur le toit du commissariat, à côté des leurs.

Jour 4. Aussi contradictoire que cela puisse paraitre, le commissariat de Quetta - contrastant avec la folie de la ville et de la circulation - nous a permis de retrouver une certaine sérénité. Avec nos amis (groupe auquel s'est ajoutés Battal et Masha, des russes voyageant à une allure folle sur une moto surchargée), nous passons une bonne partie de la journée suivante à obtenir notre NOC (Non Objection Certificate). Ce document est essentiel pour pouvoir poursuivre notre voyage au Pakistan. Son obtention n’est qu’une simple formalité qui nous prend pourtant la demi-journée. Nous passons de bureaux en bureaux à patienter sans que rien ne se passe, nous finissons par obtenir des documents bourrés de fautes. Alors que ceux-ci ont pris plusieurs heures à être produits, les exemplaires corrigés sont réalisés en quelques minutes. A l'arrière d'une jeep, nous rentrons au commissariat. Alors que nous pensions être escortés uniquement dans le Baloutchistan, nous apprenons qu’il est fort probable que cela dure jusqu’à Lahore, ville à proximité de la frontière indienne. Ce qui ne nous réjouit pas.

Quetta.


Jour 5. Nous quittons Quetta tous les six. La journée est ennuyante mais l’énergie de groupe nous permet de ne pas sombrer dans la lassitude. L’étape étant longue (quasiment 400 kilomètres) nous terminons le trajet de nuit. La circulation déjà chaotique devient encore plus dangereuse. Nous arrivons à Sukkur épuisés. Nous passons une nuit récupératrice dans un hôtel beaucoup trop cher pour son standing.


Jour 6. Désormais en dehors du Baloutchistan, nous sommes théoriquement libres de poursuivre notre route seuls. Mais nos craintes se confirment : nous serons accompagnés jusqu’à Lahore. Des décisions politiques et les élections récentes en sont la cause. Lassés de ne pas savoir ce qu’il se passe, nous décidons de prendre le rythme de la journée à notre compte. Lorsque l’escorte ne roule pas assez vite à notre goût, nous mettons la pression. Nous finissons même par semer une des voitures, jusqu’à ce qu’une autre nous rattrape. Les escortes s’enchainent et nous roulons à toute allure. Après une pause midi dans un mauvais restaurant (aussi bien pour le service que la nourriture), nous poursuivons, toujours avec un bon rythme. Il n’empêche que nous terminons le trajet de nuit, comme la veille. Dans la ville de Multan, nous demandons à dormir au commissariat. Sur place, à l’instar de Quetta, la tranquillité du lieu contraste avec la journée éprouvante maintenant derrière nous. Nous passons une soirée apaisante, à l’exception de nos estomacs qui commencent à souffrir de ce rythme un peu fou.


Jour 7. Dernière journée. Tout comme la veille nous tentons d’imposer notre rythme jusqu’à semer à nouveau une des voitures. Peu nous en importe, nous traçons notre chemin. Nous sommes récupérés lors de notre pause déjeuner. Nous ne savons pas comment nous avons été retrouvés mais nous expliquons gentiment qu’étant à une cinquantaine de kilomètres le Lahore - destination du jour et ville symbolisant notre liberté retrouvée - nous pouvons continuer tout seuls. Nous entrons dans la ville et parcourons 20 kilomètres interminables. Le bitume laisse place à de la terre lors de tronçons en travaux, nous en prenons plein les yeux, mais pas dans le bon sens du terme.

Il nous aura finalement fallu une semaine pour rejoindre Lahore et pouvoir sillonner le pays librement. Si notre relation avec les Levies a été plutôt bonne, le manque de communication aura été pesant. Ne pas savoir ce qu'il se passe réellement et suivre une voiture comme des moutons n'est pas notre tasse de thé. Heureusement, la cohésion de notre groupe nous aura permis de tenir bon et d'arriver à Lahore, le corps fatigué, certes, mais libres.

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